Je tiens des notes hebdo depuis 2020 de façon plus ou moins régulière. Cette année, j’avais envie de faire des notes annuelles, inspirée en cela par Thomas. J’ai donc demandé à la formidable Maïtané de me poser des questions ! Un grand merci à elle.
Est-ce que tu peux faire un résumé - en liste à puce - des grands évènements de ton année 2025 ?
Voici quelques souvenirs marquants, plus ou moins anecdotiques :
- fin janvier : je vais aux journées portes ouvertes de l’université de Nantes et je me dis que ce Master de sociologie sur les conditions de travail me conviendrait bien.
- 27-28 février : j’anime des formations en Eure-et-Loir où j’ai la sensation d’être hyper à l’aise, utile pour le groupe et que ça ne me coûte pas (en anxiété, notamment). J’ai vraiment l’impression de pouvoir m’appuyer sur toute mon expérience des années passées. C’est tellement confortable.
- 11-12 avril : je discute de trucs et apprends la broderie à Faiseuses du Web. Une petite bulle de douceur.
- 18 avril : je chante à l’abbaye de Fontevraud avec la chorale rejointe en octobre 2024 et c’est super
- 3 juin : je suis refusée de l’université, via sa plateforme Mon Master. Grosse déception. Je me pose des questions existentielles.
- 20 juin : je facilite une résidence d’écriture pour le collectif Transiscope. J’y apprends que l’Université me propose d’intégrer le Master en deuxième année.
- 24 juin : je dors dans un wagon-restaurant d’un TGV, gare Montparnasse. C’est maintenant ma meilleure anecdote de retard de train.
- Juillet : je panique parce que je dois trouver mon alternance pour la rentrée.
- Août 2025 : je randonne en Alsace, j’ai un coup de cœur pour les paysages et les pâtisseries. C’est aussi le mois de la fin officielle de l’établi numérique.
- Mi-septembre : je commence les cours à l’université.
- 1er octobre : je commence mon alternance à Codeur·euses en liberté.
- 2 décembre : je vois Gojira au Zenith et cela faisait longtemps que je n’avais pas vu un concert aussi beau.
Tu as du gérer la fin de L’établi numérique… Quel travail inattendu ça a généré ? Et quelle charge émotionnelle ?
Nous avons du nous occuper de trois dossiers principaux : nos ruptures conventionnelles, la dissolution de la structure juridique et la transmission de nos contenus.
Nous avons géré nous-mêmes nos ruptures conventionnelles et à part une petite problématique sur les congés payés, ça a été.
Pour la dissolution de l’Établi numérique, nous avions fait le choix de payer notre cabinet comptable pour s’occuper de toutes les formalités. Comme nous l’avons appris ces dernières années, ce choix n’a pas enlevé de charge mentale (car il faut constamment questionner ou relancer le cabinet comptable), nous avons cependant gagné du temps et enlevé de l’anxiété liée à la responsabilité juridique (c’est leur métier, donc leur problème). J’ai été nommée liquidatrice, c’est donc moi qui ai reçu le recommandé pour un impayé de cotisations. Il y a eu quelques couacs, donc, mais globalement rien d’insurmontable, c’était juste… chiant.
Par contre, le truc que je n’avais pas vu venir, c’est que pendant un an, j’ai perdu tout plaisir à travailler. Je faisais les prestations prévues car je m’y étais engagée, mais franchement, j’avais juste envie de rester chez moi et de fuir toute forme de productivité. On avait prévu avec Romain de publier plein de choses sur le site de l’Établi pour permettre la compostabilité de nos ressources… Et on n’a à ce jour, rien mis en ligne. Peut-être qu’on le fera plus tard, on verra ! En tous cas, j’ai ressenti une immense fatigue et lassitude dans la dernière année de l’Établi, ça n’a pas été facile.
Est-ce que fermer l’Établi t’a permis de tirer un bilan sur le travail effectué ? Qu’est-ce qui t’as marqué ?
Je parle de lassitude et de fatigue, mais quand même, je suis hyper fière de ce qu’on a fait ! Je pense que notre principale réussite est d’avoir, avec Romain, hyper bien géré notre relation de collègues co-gérant·es, du début à la fin. On a vraiment pris soin l’un·e de l’autre, alors qu’on est passé·es par des moments pas évidents.
Je suis fière de ce qu’on a fait, mais je suis en colère aussi. L’arrêt de notre structure est le résultat d’une idéologie qui vise à couper les vivres de tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la solidarité, de la lutte contre les inégalités ou encore de politisation des enjeux numériques. Tout cela m’a fait pas mal réfléchir sur les liens entre travail rémunéré et transformation sociale. J’ai l’impression qu’il est devenu quasi-impossible de pouvoir porter un discours technocritique tout en étant rémunéré. Ça m’a beaucoup interrogé sur la place de l’engagement et du compromis dans mon travail et aussi sur ma place à moi en tant que travailleuse et militante.
Enfin, l’Établi m’a fait grandir : j’aurais du mal maintenant à travailler dans une structure dans laquelle le pouvoir ne serait pas partagé entre ses membres.
Tu as aussi décidé de reprendre tes études. Où tu en étais début 2025 dans ta réflexion ?
Début 2025, j’avais entamé des démarches, j’avais très envie, mais c’était encore flou et, surtout, je me disais que ça n’arriverait sans doute pas… Mais une fois que j’ai rencontré l’équipe du Master « santé et conditions de travail » de l’Université de Nantes, c’est devenu limpide et je me suis concentrée sur ce Master là.
Quelles étaient les réactions quand tu as annoncé ta décision de reprise d’études autour de toi ?
J’ai eu l’impression d’être très encouragée, mais j’ai mis pas mal de temps à oser le dire au-delà de mon cercle proche, tellement ça me paraissait fantasque. J’ai mis aussi un peu de temps à assumer mon souhait de me diriger vers la recherche. Je ne me souviens pas de retours négatifs, en tous cas.
Et alors c’est comment d’être à nouveau dans une posture d’étudiante ?
C’est passionnant et très difficile en même temps. L’alternance est un rythme exténuant, mais les problèmes systémiques de l’université sont ce qui me pèsent le plus : les profs et les services administratifs sont au bout du rouleau, les étudiant·es souffrent de l’organisation dysfonctionnelle et du manque de soin… Je me sens très fragile dans cet environnement et ai l’impression de devoir enfiler une armure de protection à chaque semaine de cours. Les interactions tendues, la défiance entre profs et étudiant·es me coûtent. Je crois que j’avais un peu idéalisé ma reprise d’études, la réalité est difficile. Néanmoins, je m’entends bien avec mes camarades de promotion, malgré la différence d’âge. Je suis passionnée par tout ce qu’on apprend, malgré une ingénierie pédagogique parfois trop classique. Et enfin, être étudiante, c’est bénéficier de la bibliothèque universitaire et là, je dois dire qu’on est privilégié·es ! On a une super bibliothèque de section avec une bibliothécaire experte et très sympathique. Je me régale.
Comment se passe le changement de rythme avec ton organisation personnelle / familiale ?
C’est carrément le gros bordel ! J’ai l’impression de ne pas arriver à suivre ma vie, d’être hyper désorganisée, mais en fait je suis juste surchargée. Heureusement que mes enfants sont autonomes, que leur père s’en occupe la moitié du temps et qu’il compense ma désorganisation, que les grand-parents sont disponibles… Mais en tous cas je travaille régulièrement en soirée pour l’université, je rogne sur les week-ends… J’ai un rythme très soutenu et ça a quand même des conséquences sur mon organisation personnelle qui n’a jamais été aussi mouvementée.
Je lis tes notes hebdo… Qu’est-ce que ça t’apporte de les faire ? Et comment tu t’organises pour tenir le rythme ?
Avec le recul, les notes hebdo sont dans une continuité : j’ai depuis longtemps l’habitude de raconter ma vie professionnelle sur le Web. Au départ, c’était un outil qui me permettait de lister tout ce que j’avais fait de ma semaine, à une époque où j’avais l’impression de ne pas être assez productive. Maintenant, c’est devenu une habitude, un rituel que je trouve agréable, d’autant plus que j’ai l’impression de faire partie d’une petite communauté qui écrit et partage ses notes hebdo (je pense à Thomas, Alexis, Tracy, Mathieu, Etienne, tk…). En général, pour les écrire, je ne les prépare pas, je fais un seul jet en faisant appel à ma mémoire, mon agenda et aux publications avec le mot-dièse #ConseilPodcast de mon compte Mastodon. Quand je n’ai pas le temps de les écrire (comme en ce moment), c’est que j’ai trop de travail ou que ma santé mentale vacille. Donc c’est un bon « signal faible » de mon mal-être au travail.
Qu’est-ce que tu as fait en 2025 pour prendre soin de toi ? Qu’est-ce qui t’as donné de l’énergie ?
C’est une excellente question. Globalement la première moitié de 2025 n’a pas été facile, je suis sortie de l’année 2024-2025 complètement épuisée… Les vacances ont été les moments où j’ai pu recharger les batteries. J’ai réussi à me ressourcer grâce à une randonnée en solitaire en Alsace. Dès que je pars en week-end sans ordinateur, ça me fait beaucoup de bien. Le temps passé avec les personnes qui me sont précieuses ou les événements militants, la pratique de la musique sont aussi des piliers indispensables à mon équilibre. J’ai aussi enfin trouvé un traitement de fond efficace et sans trop d’effets secondaires contre mes migraines chroniques. Je revis. Rejoindre Codeur·euses en Liberté m’a vraiment donné de l’énergie. La reprise d’études aussi. J’ai l’impression de retrouver la Julie hyper enthousiaste, joyeuse et capable de faire plein de choses et de progresser, de continuer à apprendre. Par contre, il faut dire ce qu’il est : je ne suis pas très bonne pour prendre soin de moi, en ce moment. Je travaille trop, ne dors pas bien, ne fais pas assez attention. Mais je me dis que c’est lié à ma reprise d’études, c’est censé être temporaire !
Au contraire, qu’est-ce qui t’a coûté ?
Je l’ai déjà dit, la fin de l’Établi numérique m’a coûté. Le décès de Lunar fin 2024, le contexte géopolitique et une tentative ratée de traitement de fond pour mes migraines ont aussi bien assombri mon année 2025.